navigation

Récréation Suite et Fin 24 mars, 2012

Posté par Nyindjé dans : Non classé , ajouter un commentaire

« Pauvre petite chose » se lamenta Bobby1 « C’est Gill et Peter qui doivent être inquiets. On va te ramener chez toi tout de suite ».

« Mais aussi, Ginger, quelle idée !ajouta Bobby2 sur un ton de reproche .Tu ne me feras pas croire que tu étais affamé au point de fouiller les ordures. »

Inutile de vous dire que cette réflexion idiote me fit voir rouge. Je protestai d’un miaou véhément.

Bobby2 se radoucit immédiatement et se mit à me consoler.
« Là, là, chaton c’est fini. Dans cinq minutes tu es chez toi .On va te sécher, te nourrir, et ce soir tu n’y penseras même plus. »

Nous nous dirigeâmes tous les trois vers Greville Place et j’entendais mes deux amis échanger des hypothèses et des questionnements quant à ma présence dans ce lieu improbable. Naturellement les suggestions de Bobby2 étaient toutes plus débiles les unes que les autres. Par contre Bobby1 eut une réflexion qui m’intéressa au plus haut point :

« Pas besoin de se biler, Bill – dit-il à son collègue. On a une solution bien simple de savoir exactement ce qui s’est passé : c’est la poubelle des Taylor, et ils ont fait installer une caméra de surveillance au-dessus de leur porte. Je te parie cinq contre un , qu’on aura d’ici peu tout le fin mot de l’histoire. »

Sur cette bonne nouvelle je me mis à ronronner comme une locomotive. Ainsi la folle sadique qui m’avait joué ce tour serait démasquée. J’espérais que la justice lui ferait passer l’envie de recommencer une telle agression.

Nous étions à la porte de l’appartement et Bobby1 appuya sur la sonnette. A croire que Peter était derrière la porte car il ouvrit instantanément. Lorsqu’il me découvrit dans les bras de Bobby2 il se mit à crier :
« Gilly, Gilly, viens vite !! Bill et Johnny nous rapportent Bertie ! » C’est ainsi que j’appris que Bobby1 s’appelait Johnny, puisque j’avais déjà appris lors de mon retour au bercail dans les bras de Bobby2 que celui-ci s’appelait Bill.

J’entendis une cavalcade dans le couloir et Gill arriva .J’ai cru qu’elle allait s’évanouir. Elle m’arracha des bras de Bobby2 et me serra contre elle en sanglotant. Elle me serrait si fort que je me dis « je n’ai quand même pas échappé à la noyade et à l’écrasement sous un policeman obèse pour me retrouver étouffé par ma mère adoptive… » Mais très vite elle reprit ses esprits, alla chercher une serviette de toilette épaisse et douce pour me sécher , me posa délicatement devant mon bol de croquettes, et je peux vous dire que je me mis immédiatement à rattraper le temps perdu.

Peter, Bill et Johnny me regardaient dévorer mon repas avec émotion et pour dissiper l’attendrissement qui commençait à s’installer – un sentiment dans lequel les Anglais ne sont jamais totalement à l’aise- Peter proposa d’arroser mon retour en ouvrant une bouteille de Glenlivet qu’il gardait pour les grandes occasions.

Mes sauveurs, après de molles protestations comme quoi ils ne buvaient pas pendant le service, acceptèrent le breuvage festif et lui firent honneur, et je m’amusais bien en voyant la figure de Peter s’allonger au fur et à mesure que le niveau de la bouteille descendait !

Pour ma part, je me sentais maintenant complètement remis de mes émotions, et m’installai dans mon panier pour y faire une toilette soignée dont je sentais avoir le plus grand besoin.

Au bout d’un moment, la bouteille de Glenlivet pratiquement vidée, mes sauveurs repartirent faire leur tournée en assurant que leur première visite serait pour la famille Taylor et sa caméra de surveillance. Sur cette bonne nouvelle, je m’endormis profondément.

Johnny et Bill tinrent leur promesse : le soir même ils repassaient chez nous. Tout était clair : la caméra avait filmé la scène, qui avait arraché des cris d’horreur et de protestation à toute la famille Taylor – le père, la mère, les deux fils, la fille et le King Charles. On y voyait clairement la femme aux cheveux gris argent s’approcher de moi, et me caresser avant de me balancer dans la poubelle. Bobby1 et Bobby2 qui connaissaient tout le quartier, n’eurent aucun mal à l’identifier. Elle habitait un petit immeuble dans Abbey Road, où elle s’était d’ailleurs fâchée avec tous ses voisins, leur cherchant des « poux dans la tête » pour un oui ou pour un nom. Elle avait porté plainte contre d’innocents locataires du dessus et du dessous pour des forfaits imaginaires, colportait des ragots malveillants sur tous ceux qu’elle croisait, jetait exprès ses mégots sur la terrasse de la dame du premier, et on la soupçonnait même d’avoir rayé plusieurs voitures stationnant sur le parking privé de l’immeuble, « just for the fun ».

La RSPCA , alertée conjointement par Peter, Gill, Bill, Johnny et la famille Taylor décida de se porter partie civile et d’engager des poursuites à l’encontre de la folle d’Abbey Road. Et, du coup, j’eus bien droit à mon nom dans les journaux !!! Et même à deux lignes dans le Times…. Quant à la criminelle, aux dernières nouvelles elle a été condamnée à 250£ d’amende- verdict que j’ai trouvé pour ma part un peu trop clément, mais surtout, elle a été inondée de lettres d’injures et de coups de fil de menace, à tel point qu’elle a dû déménager de toute urgence , ce qui a , bien sûr réjoui tout le quartier.

Evidemment, ce genre de notoriété n’était pas tout à fait ce dont j’avais rêvé, mais, décidai-je, toujours mieux que rien. Inutile de vous dire cependant que cette expérience m’a définitivement guéri du goût de l’aventure, et que je ne suis pas prêt de remettre les pattes à Maida Vale. Je continue cependant à faire mon petit tour jusqu’au « Clifton », où je suis désormais une célébrité et accueilli comme…un prince ! Il y a toujours une petite douceur qui m’attend derrière le comptoir – un peu de crème, une crevette, un petit morceau de poulet – des broutilles me direz-vous , mais qui font toujours plaisir.

En outre, je ne compte plus le nombre de photos sur lesquelles je figure, en compagnie des habitués . Il y en a au moins une trentaine punaisées au dessus du bar, et sûrement trois fois plus au domicile des clients, à commencer bien sûr par Bill et Johnny qui sont, grâce à moi devenus de vrais héros locaux et boivent désormais leurs bières aux frais de la maison. Aucun doute là-dessus : je suis le chat le plus photographié de St John’s Wood, et je suis bien conscient que Gill et Peter en tirent une certaine fierté. Je regrette seulement de ne pouvoir discuter avec eux de mon projet raté. Cela m’aurait intéressé d’avoir leur avis.

En tous cas, je savoure désormais chaque minute de l’existence, comme le font ceux qui ont échappé à de grands dangers, conscient que cette histoire m’a fait progresser sur le chemin de la sagesse et que le secret du bonheur est de ne pas trop faire de rêves démesurés mais d’aimer ce que l’on a. D’un autre côté, je sais que la vie n’a pas fini de me réserver des surprises qui, probablement, ne seront pas toutes bonnes, mais seront certainement toutes pleines d’enseignements profitables. Ce qui me ravit car les chats sont des êtres curieux de tout. Et, comme on dit chez nous : « One lives and learns ».

Récréation – suite (et bientôt fin) 19 mars, 2012

Posté par Nyindjé dans : Non classé , 2 commentaires

« Let’s strike while the iron is hot » me dis-je, et , dès le lendemain, je profitai de l’absence de Gill qui était à son club d’arrangements floraux, et de l’inattention de Peter qui mettait la dernière main à la reconstitution du HMS Victory – le navire de l’Amiral Nelson. Je me dis « Tiens, justement, HMS Victory est conservé dans le port de Portsmouth- la ville de feu Capser ».Cela devait être une signe du destin .Un signe de bon augure. Il faisait beau, la porte fenêtre sur la terrasse était ouverte et je n’eus aucun mal à m’esquiver et à quitter le domicile familial.

En sortant , je faillis tourner à droite, comme à mon habitude pour rejoindre le chemin du Clifton. Suis-je bête me dis-je, je dois tourner à gauche pour aller à Maida Vale !Et je me mis à réfléchir à la force de l’habitude….Je trottinais, perdu dans mes pensées, lorsque je fus soudain conscient d’une présence à mes côtés. Je levais la tête et vis une femme aux cheveux gris argentés qui me souriait de toutes ses dents. J’ai un a priori favorable pour les femmes aux cheveux gris argentés car ma Maman bipède, Gill, a des cheveux gris argentés. Je lui rendis donc son sourire en plissant les yeux et elle se pencha pour me caresser. Je fermai les paupières pour mieux savourer ce moment toujours fort agréable pour un chat tout en me disant « décidément, et comme l’écrivait le poète Robert Browning :

God’s in His heaven
All’s right with the world ! »

J’en étais là de mes réflexions quand je me sentis tout à coup happé par la peau du cou. J’ouvris les yeux, étonné, et fus horrifié de découvrir le visage de la femme aux cheveux gris tout à coup transformé. Elle avait l’air d’une sorcière. Elle souriait toujours, mais d’un sourire hideux, méchant et cruel qui me fit instantanément froid dans le dos. Je sentis les coussinets de mes pattes se couvrir de sueur et le poil de ma queue se hérisser. Avant que j’ai eu le temps de me défendre elle avait ouvert le couvercle d’une poubelle qui était sur le trottoir et m’avait jeté dedans – non sans s’être assurée, d’un coup d’œil circulaire- que personne ne remarquait son manège diabolique.

Je me retrouvai au fond de la poubelle, assommé par le choc physique et psychologique. Il y avait quelques relents d’odeur de poisson qui n’étaient pas désagréables, mais rien à manger et surtout cette sensation de se retrouver prisonnier qui me terrifiait. S’il est vrai que les chats sont claustrophiles , et pour certains même claustromanes, il n’en demeure pas moins qu’ils aiment choisir le lieu de leur retraite et que je n’en connais pas un qui choisirait une poubelle !

Je me mis à gratter et à miauler. Sans aucun résultat. J’essayais de grimper le long de la paroi pour atteindre le couvercle, mais la paroi était lisse, sans quoi que ce soit pour s’agripper et je compris bientôt que c’était là peine perdue. Je me mis alors à pleurer, à me désoler sur mon sort, d’autant plus que je commençais à avoir faim et qu’il ne restait absolument rien dans la poubelle qui puisse me permettre de me sustenter. Je fis plusieurs fois le tour pour m’en assurer, mais ne trouvai que quelques vieux bouts de papier et de plastique qui étaient restés collés au fond. Je passai alors de la désolation à la rage, griffant les parois de toutes mes forces et poussant ce que je pensais être de vrais feulements de tigre mais qui, à l’évidence, n’étaient pas assez puissants pour alerter qui que ce fut.

Au bout de quelques temps, épuisé par tous ces efforts vains, je me mis en boule et commençai à ronronner pour me réconforter. J’étais agité par un maelström de sentiments tous plus négatifs les uns que les autres : angoisse de mon avenir, tristesse de ma situation présente, rage de m’être ainsi laisser berner, vexation à la pensée que l’aventure que j’avais projetée avec tellement de joie et de fierté se terminait de façon si pitoyable et ridicule. En outre je me disais que Gill et Peter allaient me chercher partout et se faire un sang d’encre en ne me voyant pas revenir. Et puis je commençais à mourir carrément de faim….J’alternais les moments d’abattement et les moments où, animé par l’énergie du désespoir je recommençais à griffer les parois de la poubelle, à miauler, à feuler. J’ai su après coup que j’avais passé quinze heures dans cette prison sinistre. Sûrement les quinze heures les plus longues de mon existence !

Naturellement je n’avais aucune idée de l’heure. J’entendis à un certain moment la pluie qui commençait à tomber. Elle se mit à tomber de plus en plus fort, tambourinant sur ma poubelle et au bout de quelques temps, l’eau commença à s’infiltrer sous le couvercle. Je me dis que j’allais périr noyé –une perspective vraiment pas réjouissante pour un chat , animal hydrophobe s’il en est. Je pataugeais dans plusieurs pouces d’eau, le poil de mon ventre déjà tout collé et , transi, je commençais à grelotter de froid. Je n’aurais jamais imaginé que l’on puisse se sentir aussi misérable …

La nuit était sans doute venue,  car les bruits de circulation s’étaient beaucoup calmés, je n’entendais plus de passants et très  peu de voitures . La seule bonne nouvelle dans toute cette catastrophe était que la pluie avait cessé et que l’eau ne montait plus autour de moi. Mais ce n’était pas suffisant pour me remonter le moral qui était au plus bas. Je ne trouvais même plus l’énergie de ronronner pour me calmer.

 Au bout d’un certain temps je commençai à percevoir que la vie reprenait dansla rue. Jeme remis à gratter, à miauler, en me disant qu’il n’était pas possible qu’un passant ne finisse pas par m’entendre. Mais une autre pensée me terrorisait : si , sans prendre garde à ma présence, quelqu’un vidait des sacs d’ordure dans la poubelle, que se passerait-il ? Selon toute probabilité,  après avoir échappé à la noyade, je finirais étouffé sous les détritus. Je n’aurais sûrement pas la première page du Times, mais j’imaginais assez bien qu’à la rubrique « chiens écrasés » (un comble !) des tabloïdes comme le  Sun ou le Daily Mirror quelques lignes seraient consacrées à la découverte du cadavre d’un jeune chat roux sous des tas d’immondices…. Horreur !!!

 Alors que j’étais perdu dans ces pensées morbides, j’entendis , près de ma prison , deux voix qu’il me semblait  reconnaître…Pas de doute, c’était bien Bobby1 et Bobby2 . L’un avait des intonations cockney très reconnaissables, et l’autre, natif de Belfast un inimitable accent irlandais. C’était eux, j’en étais sûr. Je me remis à miauler et à griffer. Les voix se rapprochaient et je les entendais se demander ce qui se passait dans cette poubelle. Tout à coup, O merveille, le couvercle de ce qui aurait très bien pu devenir mon tombeau , se souleva miraculeusement et je vis, comme dans un rêve les visages de mes deux anges gardiens penchés au dessus de moi. Qu’ils étaient beaux !!! Bobby 1, avec son long nez et ses yeux de chien battu, Bobby 2 avec sa bonne grosse figure de buveur de bière, ses sourcils broussailleux  et ses bas-joues…Les Archanges Michael et Gabriel dans toute leur gloire ne m’auraient jamais semblés aussi rayonnants. Je les voyais devant moi,  images même de l’amour et de la compassion, et je ne peux vous dire à quel point je me sentais soulagé.

 Puis ils me reconnurent et semblèrent tout à coup stupéfaits.

 « Mais c’est Bertie ! » s’exclama Bobby1

« Pauvre petit Ginger, viens qu’on te sorte de là » reprit Bobby 2 et joignant le geste à la parole il plongea dans la poubelle pour m’en extraire. Il faillit même tomber dedans et me rejoindre et, l’espace d’un instant je me vis mourir écrasé sous le poids de mon sauveur…Certes cela aurait plus d’allure que de se voir étouffé sous des tas d’immondices mais le résultat ne serait pas très différent. Heureusement Bobby1 – dont j’avais toujours soupçonné qu’il possédait un Q.I légèrement supérieur à celui de son collègue – lui suggéra d’incliner la poubelle et de la poser par terre, ce qui me permettrait de faire un peu du chemin et à eux de me cueillir plus facilement. Ce qui fut dit , fut fait et quelques secondes plus tard, j’étais dans les bras de Bobby2, épongeant mon ventre trempé sur son uniforme.

 

Récréation , suite… 14 mars, 2012

Posté par Nyindjé dans : Non classé , ajouter un commentaire

 

Pourquoi, me direz-vous Buckingham Palace ? et là je vous répondrai tout d’abord « pourquoi pas ? » avant de vous livrer le fond de ma pensée : j’avais décidé d’aller voir la Reine. Cetteidée m’était venue à cause d’une expression que j’avais entendue et qui m’avait intrigué : « A cat may look at a King »[1] . Si, m’étais-je dit in petto, un chat peut regarder un roi, pourquoi ne pourrait-il pas regarder une Reine ? En outre, j’imaginais, dans mon rêve de gloire, ce que pourrait m’apporter une telle démarche. Je voyais déjà les titres dela Presse Nationale :

 « Bertie, le Chat qui a regardé la Reine »

« Un chat de St John’s Wood traverse Londres pour contempler la Royauté »

« Le Rouquin de Greville Place reçu à Buckingham »

 Et plus tard, peut-être même , allez savoir :

« Sir Bertie de St John’s Wood, le premier chat ennobli du Royaume…. »

 Je savais que la Reine aimait les animaux. En tous cas je savais qu’elle adorait  les chiens et les chevaux, mais je n’imaginais pas qu’elle n’aimât pas également les chats. Les Anglais qui n’aiment pas les chats doivent se compter sur les griffes d’une patte, et la Reine ne pouvait en faire partie. J’appris plus tard et par hasard que j’étais dans l’erreur : il parait que notre Gracieuse Souveraine est allergique à notre espèce . Ce qui est bien triste pour elle, et ne peut manquer de la désespérer… Mais, j’étais à cette époque ignorant de ce problème et donc plein d’espoir et de confiance ! Je savais donc maintenant quel était mon but, ce qui me permettait de passer à la phase uivante : choisir le bus ad hoc.

 Gill et Peter recevaient de temps à autre des amis qui venaient de l’étranger, et tout naturellement les emmenaient voir les hauts lieux dela capitale. Lesvisites habituelles étaient Trafalgar Square, Oxford Circus, Tower Bridge et les Houses of Parliament, Westminster Cathedral, la Tour de Londres et bien sûr , la relève de la garde devant Buckingham Palace (tous les jours à 11H30de Mai  àJuillet). J’avais donc appris que pour aller de chez nous à Buckingham , le plus simple était de prendre le bus n°16 à l’arrêt « Kilburn Park Road » etde descendre àWilton Street. De là, il ne reste que quelques centainesde mètres àfaire à pied.  Je me dis que, muni de ces renseignements, le reste ne serait qu’un jeu d’enfants…Oh, naïveté, inconscience de la jeunesse !!! Remarquez cette attitude a ses bons côtés : si on était toujours conscient des dangers potentiels, on ne ferait jamais rien. Comme disait Mark Twain : « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors, ils l’ont fait. »

 Ensuite resterait bien sûr le problème peut-être le plus épineux : entrer dans le Palais pour voirla Reine. Déjàje savais que si le drapeau ne flottait pas au dessus de la façade principale,  cela voulait dire  qu’Elizabeth n’était pas chez elle. Dans ce cas je n’aurais qu’à faire  demi-tour et à revenir un autre jour. Mais si le drapeau indiquait que la Reine était bien là, il me faudrait pénétrer dans le Palais et réussir à la trouver…Etant donné que le Palais ne compte pas moins de 775 pièces, cela risquait, bien sûr de prendre un certain temps. Il me faudrait aussi échapper aux chiens corgis qui , apparemment, sont ses compagnons fidèles et ne la quittent jamais. Ce problème, je l’avoue, m’inquiétait un peu. J’avais croisé quelques corgis au cours de ma jeune vie, et ces rencontres avaient toujours été des expériences assez stressantes.  N’importe, j’étais déterminé.


[1] « Un chat peut regarder un Roi » – équivalent de l’expression française «  Un chien regarde bien un évêque ».

Récréation suite 11 mars, 2012

Posté par Nyindjé dans : Non classé , ajouter un commentaire

Mes parents bipèdes à moi, s’appellent Gill et Peter. Je ne sais pas exactement quel âge ils ont mais je sais qu’ils ne travaillent plus parce que, chez les humains, passé un certain âge c’est comme ça. Remarquez, chez les chats c’est un peu pareil : maman était une chasseuse redoutable, c’était même pour ça qu’on l’avait prise au Clifton Hill car la cave était infestée de souris. Hé bien je me suis laissé dire qu’à la fin de sa vie, elle regardait passer les souris sans sourciller. L’envie n’était plus là….

 Pour en revenir à Gill et Peter, bien que ne travaillant plus,  ils sont quand même très occupés. Gill fait partie du club d’arrangements floraux du quartier. Une fois, quand j’étais petit elle m’a emmené pour me présenter aux dames du club, mais j’ai semé une telle panique dans les bouquets qu’elle n’a jamais recommencé. Quant à Peter, son truc c’est plutôt les maquettes de bateaux. A la maison, il y en a partout mais je n’ai pas le droit d’y toucher. Malgré leurs passions respectives qui les occupent beaucoup,  ce sont de très bons parents adoptifs,  et ils trouvent toujours le temps de jouer avec moi, le matin et le soir. Quelquefois, on joue à la « souris volante » : c’est une souris en tissus accrochée à un fil au bout d’une espècede canne àpêche . Gill ou Peter tient la canne à pêche et dès que j’essaie d’attraper la souris…hop ! ils lèvent la canne d’un coup sec et je dois sauter pour réussir àla prendre. J’adore aussi jouer à cache-cache : je me cache derrière un fauteuil ,ou sous le canapé et Gill et Peter me cherchent. Ils m’appellent mais moi je ne bouge pas et, tout à coup, quand ils passent à ma portée, je leur saute dessus. Ca me fait tellement rire de voir leur surprise !! Un autre jeu que j’aime bien c’est de me glisser sous le tapis du salon. Par contre Gill n’apprécie pas trop ce jeu  là car après le tapis fait des vagues et elle dit que c’est dangereux et que quelqu’un pourrait tomber.

  Nous vivons dans un grand appartement avec terrasse , Greville Place, à quelques centaines de mètres du Clifton. A vrai dire, Gill et Peter n’aiment pas tellement que j’aille me balader dans le quartier, mais j’arrive toujours à profiter d’un moment d’inattention de leur part pour m’esquiver. D’autant plus facile avec la terrasse, étant donné que nous sommes au premier étage. Remarquez , s’ils préfèrent me garder à la maison, ce n’est pas par tyrannie.  Pour des humains, ils ont l’esprit large et comprennent assez bien la mentalité féline. Ils sont conscients de la  part sauvage qui reste au fond de tout félin domestique, aussi domestique soit il. Mais ils ont été échaudés par une petite aventure qui m’est arrivée, alors que j’étais encore très jeune , et que je vais vous raconter.  

 Je suppose que vous connaissez Casper ? Non ? Alors, c’est que vous n’êtes pas britannique car tous les Britanniques le connaissent, ou plutôt l’ont connu puisque le pauvre est mort il y a quelques années, à l’âge de 12 ans. Bêtement. Un accident de la circulation .Je me souviens qu’à cette époque là – je devais avoir un peu moins d’un an-  il n’y en avait que pour lui dans les journaux. Même le Times lui avait consacré une première page. Or une première page du Times consacrée à un chat, vous m’avouerez que ce n’est pas quelque chose que l’on voit tous les jours. Là, je vous sens perdus….certains doivent même se dire « hmm….Bertie fréquente le pub local. Il dit que c’est pour voir des copains, mais je me demande s’il n’en profite pas pour boire un petit coup de temps en temps…cet animal doit être en état d’ébriété pour raconter de telles énormités. » Vous ne me croyez pas ? Hé bien procurez vous donc l’édition du 28 Janvier 2010 du Times, et vous verrez si je mens !! Il faut dire que si Casper était une telle célébrité, c’est que ce n’était pas un chat ordinaire : figurez vous que tous les jours il prenait le bus N°3 de chez lui , à Plymouth, et faisait le tour de la ville (11miles, environ 18Kms) avant de revenir au point de départ et de rentrer pour les croquettes du soir. Pour prendre le bus, il faisait la queue avec les autres voyageurs, attendait son tour pour monter et, s’il trouvait une place libre il s’asseyait, se mettait en rond et faisait sa petite sieste.

 Gill et Peter, qui avaient beaucoup de sympathie pour Casper et lisaient le Times, avaient été désolés de cette nouvelle. Moi, aussi, naturellement. Mais cette histoire avait semé dans ma jeune tête une graine d’aventure et d’ambition. Je me disais «  et si moi aussi, j’apprenais à prendre le bus ? je deviendrais une célébrité, et Gill et Peter seraient fiers de moi ! ». D’autant que Plymouth, c’est Plymouth et Londres c’est Londres, si vous voyez ce que je veux dire : un chat célèbre à Londres ne peut être que plus célèbre qu’un chat célèbre à Plymouth…je deviendrais probablement un chat de légende, à égalité avec le Chat de Chester ou « Puss in boots » (que les français appellent le Chat Botté) Peut-être même les surpasserais-je en notoriété…. De ce moment cette pensée me hanta, m’obséda. Je voulus passer à l’action le plus vite possible mais il restait un point capital à résoudre : quel bus allais-je prendre ? Pour Casper, apparemment les choses avaient été simples : le bus numéro 3 passait devant chez lui, il ne s’était pas posé plus de questions que ça, il l’avait pris ! Mais pour moi, chat londonien du quartier résidentiel de St John’s Wood, les choses étaient différentes : au cours de ma promenade quasi journalière de Greville Place à Clifton Hill, j’avais remarqué qu’une bonne douzaine de lignes différentes passaient par là, et au moins autant lorsque je m’aventurais un peu plus loin, vers Maida Vale- une route très passante qui , je dois le reconnaître m’effrayait un peu.

 Je me trouvais, en quelque sorte, dans la position d’Alice au Pays des Merveilles, quand elle rencontre le Chat de Chester et lui demande :

« Voudriez vous me dire s’il vous plait, quel chemin je dois prendre pour m’en aller d’ici ? » et que le chat, très raisonnablement lui répond :

« Cela dépend beaucoup de l’endroit où tu veux aller » !!!

 Il était donc indispensable que je prenne une décision sur le but de mon expédition. Pas question de prendre simplement n’importe quel bus et d’y faire ma sieste avantde revenir àla maison, comme l’avait fait Casper (Dieu ait son âme !) Je trouvais que cette façon de faire manquait d’ambition et de panache .En deux mots, qu’elle avait quelque chose de provincial. Très peu pour moi.

 J’avais passé plusieurs soirées à me poser la question, et à la considérer sous toutes ses faces – au point que j’en avais laissé la moitié de  mon bol de croquettes, ce qui avait beaucoup inquiété Peter et surtout Gill- lorsqu’un soir, au moment où je m’endormais, la réponse s’imposa à moi – évidente et claire : j’irai à Buckingham Palace !!

 

Anniversaire et Récréation 9 mars, 2012

Posté par Nyindjé dans : Non classé , 5 commentaires

Je viens seulement de réaliser que cela fait maintenant…un peu plus d’un an que j’ai commencé ce blog, puisque c’était pour le Losar de l’Année du Lièvre (ou année du chat….) Comme le temps passe! Presque 3000 visites en un an , pour le blog d’un chat, il me semble que ce n’est pas si mal. Je regrette seulement que mes correspondants du début se soient faits depuis quelque temps si discrets. L’échange est toujours inspirant pour tous. L’impermanence bien sûr explique que les intérêts soient souvent passagers. Alors, espérons qu’il y aura impermanence dans l’autre sens et que de nouveaux lecteurs se manifesteront ou que les anciens renaitront de leurs cendres (comme le phoenix, un oiseau bien intéressant semble-t-il).
En attendant et pour célébrer cet anniversaire je vous propose de prendre une petite récréation : certains d’entre vous le savent déjà j’écris à mes heures perdues. J’ai déjà rédigé il y a plus d’un an le premier tome de mes mémoires (pour lesquelles je cherche toujours un éditeur) et j’ai décidé de participer à un concours sur le net. J’ai donc écrit un mini recueil de nouvelles et je vous propose de vous en offrir une en cadeau d’anniversaire.
Le recueil d’appelle « Cités Félines » car le thème était « vie urbaine ». Pas évident pour un chat qui vit à la campagne, mais je m’en suis tiré….comme j’ai pu!

Voici la couverture que ma M2P a fabriquée pour mon petit recueil. Moi elle me plait bien, et vous?

Anniversaire et Récréation cités-f-212x300

J’ai sélectionné la nouvelle qui se passe à Londres, et dont le héros est un chat qui s’appelle Bertie, voici le début:

Bertie de Saint John’s Wood

 

Tout le monde me connaît dans le quartier. Lorsque je passe, la queue en l’air,  pour aller faire ma promenade quotidienne jusqu’au au pub local, même le bobby de service me salue amicalement et me fait une petite caresse. Bobby1 dit: « Alors, Bertie, en forme aujourd’hui ? », tandis que Bobby2 me demande toujours «  Hello, Ginger, on fait son petit tour ? » Si Bobby 2 s’adresse à moi en ces termes, c’est que  « Ginger » est le terme consacré aux rouquins en anglais, et plus rouquin que moi… difficile à trouver…Moi, je roucoule aimablement, me laisse gratter sous le cou ou entre les deux oreilles- c’est selon – et je poursuis ma route pour dire bonjour à mes copains- à deux ou quatre pattes,  du « Clifton Hotel ».

 Le « Clifton Hotel » – 96 Clifton Hill, St John’s Wood Londres NW8- c’est là que je suis né. Et c’est de là que je tiens mon nom : « Bertie ». Pour ceux qui ne seraient pas très familiers avec l’histoire d’Angleterre, sachez que Bertie était le surnom, le « nickname » comme on dit chez nous,  du  futur Roi Edward VII – fils dela Reine Victoria, du temps où il était Prince de Galles. Ceux qui ont de la sympathie pour le personnage du Prince de Galles et qui m’aiment bien trouvent le nom bien choisi car, selon eux j’ai son charme et sa sociabilité. Les autres- beaucoup moins nombreux-  trouvent que le nom est bien choisi car je suis  « aussi paresseux et gâté » que l’était le Prince…

 Bref.  Bertie , en tous cas, collectionnait les aventures féminines et était ce que l’on appelle a « jolly good fellow » , un bon vivant, ce qui ne plaisait pas à sa maman la Reine qui était plutôt du genre sérieux. Or, figurez vous que Bertie était un habitué du Clifton… Du temps où il y avait des bois à St John’s Wood, le Clifton avait été construit pour être un rendez-vous de chasse, puis il était devenu un pub local comme il y en a des milliers en Angleterre. Et s’il  s’appelle aujourd’hui  le « Clifton Hotel », et pas simplement « le Clifton »,  c’est justement à cause des visites de Bertie, Prince de Galles : en effet les personnes de sang royal n’ont pas le droit de fréquenter les pubs, mais rien ne les empêche de fréquenter les hôtels !! Si vous me dites que pensez déceler dans cette distinction subtile une certaine dose d’ hypocrisie, je ne pourrais que vous dire que je suis d’accord avec vous, mais j’ai remarqué que ce genre de choses arrive parfois chez les Humains. Cela vient, à mon sens, du fait qu’ils ont à leur disposition un langage trop sophistiqué. Nous les chats, qui avons (d’après les spécialistes) 72 sons différents pour  nous exprimer- et pas un de plus-   n’avons pas ce problème.

  Bertie venait régulièrement  au « Clifton  Hotel » pour rencontrer une de ses maîtresses, la ravissante LilyLangtree, surnommée « Jersey Lily » ( elle était originaire de l’île de Jersey),[1] dont on peut encore admirer le portrait dans la salle à manger.

 Tout comme l’on m’avait appelé « Bertie » en référence à ce royal client,  une de mes sœurs avait été baptisée Lily en souvenir de sa jolie conquête. Je ne sais pas très bien ce qu’elle est devenue d’ailleurs (je parle de ma sœur, bien sûr). Je ne sais pas non plus ce que sont devenus tous les autres chatons dela portée. Jeme souviens que nous avions tous été dotés de noms évocateurs de la période victorienne : outre moi-même et ma sœur Lily, il y avait Vicky,Arthur et Alice –trois prénoms d’enfants dela Reine Victoria et mon dernier petit frère qui avait gardé d’un ancêtre siamois quelque chose d’exotique, dont de superbes yeux en amande,  avait été nommé Abdul en souvenir d’un des serviteurs  de l’Impératrice des Indes.  Ils ont tous été adoptés par des humains du quartier, mais, vous savez ce que c’est : même si on n’est pas très loin les uns des autres on ne prend pas toujours le temps d’aller visiter la famille…


[1] « Lily » est le prénom Lili, mais signifie également « Lys » en Anglais. Le surnom de Lily Langtree peut donc se traduire par « le Lys de Jersey », allusion la beauté de la jeune femme et à la blancheur de son teint.

 

.

justforthistime |
identityx |
worldwearinessness |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aufildelaplume06
| De Madrid à Liège, me rejoi...
| lunafriday